Exemplaire !
45 millions d’euros de C.A. et 0% en grande distribution

LOPT : Le chocolat semble être pour vous une passion de famille...
Jean-Paul Burrus -
Effectivement, je suis issu d'une famille alsacienne ayant ses racines dans la vallée de Sainte Marie aux Mines. La chocolaterie Schaal qui était initialement quai Finkwiller, à Strasbourg intra-muros, est l'une des plus anciennes de France. Crée en 1770 sous le nom de Pelletier & Cie elle prend le nom de Schaal en 1871. Notre famille en est propriétaire depuis 1967, après avoir possédé une chocolaterie à Saint Dié, dans les Vosges.

 

A9R19D4LOPT : Quels sont vos marchés ?
J.P.B. - Historiquement les marchés naturels de l'Alsace pour le chocolat étaient l'Allemagne et notamment la Sarre, mais aussi le Maghreb qui comptait beaucoup d'alsaciens qui s'y sont réfugiés après l'annexion allemande de 1870. Mais ces marchés ont été perdus après la guerre. Aujourd'hui un italien ou un espagnol consomme 2 kg par an, un français 7 kg, un allemand 10 à 11. Le Suisse optera invariablement pour le chocolat au lait, le Français pour les pralinés et le Belge pour les pralines à la crème. A propos de Belgique, saviez vous qu'il y a 65 chocolatiers à Bruges ?

 

 

 

LOPT : Nous militons pour les circuits courts afin que les producteurs gardent le contrôle de leur distribution. Votre société en est un bel exemple.
J.P.B.
- Notre groupe réalise 45 millions d'€ de CA...

 

LOPT : avec quelle part en hypermarchés ou supermarchés ?
J.P.B. - Nous avons fait des tentatives de commercialisation par la grande distribution mais ce fut un mauvais virage et nous avons abandonné cette piste devant les difficultés. La pression est lourde en GD car le chocolat y est un produit saisonnier, il se vend essentiellement à Noël et à Pâques. Finalement, nous réalisons 0% en grande distribution... En ayant choisi cette option, cela a été bien plus long pour parvenir à ce que nous sommes aujourd'hui. C'est un choix que je ne regrette absolument pas ! Avec le débouché grande distribution, le producteur grandit trop vite, puis il est étranglé, il ne peut rien transmettre à ses enfants.

 

LOPT : Comment distribuez-vous vos chocolats aujourd'hui ?
J.P.B. - Il n'y a pas que les chocolats. Nous nous sommes récemment diversifiés dans le conditionnement de thés de très haute qualité pour des partenaires prestigieux comme Fauchon. Nous disposons de notre propre réseau de boutiques de chocolats sous la marque Marquise de Sévigné. Nos produits, bonbons, bouchées, moulages et tablettes sont également diffusés auprès d'un réseau de confiseurs, pâtissiers, chocolatiers, épiceries fines et les boutiques de produits régionaux... partout en France.

 

LOPT : ...en dehors de l'Alsace ?
J.P.B. - (grand sourire) Il y a de grandes chances que les sardines en chocolat que vous trouverez sur le port de Quiberon, ou les tours Eiffel en chocolat à Montmartre soient sorties de nos ateliers, tout comme les oeufs de cigognes alsaciennes !

 

LOPT : Vos produits sont en sorte des produits régionaux "multi régions" ?
J.P.B.
- On peut le dire ainsi. C'est le consommateur qui s'approprie le produit. Le marketing et la création sont faits selon l'image des régions et nous nous défendons de copier les produits des autres. Le tourisme est un marché très porteur. Cela peut être le retraité, il a de l'argent et fait des cadeaux, mais aussi le touriste étranger. L'Europe dans son ensemble devient une destination touristique fort prisée des japonais et des chinois.

 

LOPT : Pour la vente à emporter, vous avez aussi créé un magnifique Musée du Chocolat, il y a quelques années. Vous lui avez adjoint récemment ni plus ni moins qu'un wagon entièrement rénové du très célèbre Orient Express qui accueille un salon de thé et un restaurant en soirée.
J.P.B. - oui, la voiture N° 3349 qui date de 1928.. D'ailleurs, si vous voulez bien, je vais vous la faire visiter.

 

P.A.

 

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