Maurice ROUGEMONT : Objectif passion

LOPT - Bonjour Maurice Rougemont Vous êtes un célèbre photographe, spécialiste des portraits d’écrivains et de grands chefs de cuisine, diriez-vous que vous exercez un métier ou une passion pour la gastronomie ?
Maurice Rougemont - Je n'ai jamais eu l'impression d'exercer un métier stricto sensu mais plutôt d'avoir une activité qui me permet d'approcher les gens qui m'intéressent. Que je photographie Robert Sabatier pour son dernier livre ou Alain Ducasse pour son énième restaurant, ce n'est jamais autre chose que le souvenir d'un moment de choix passé avec eux.

 

A9R19CALOPT - Votre nom est très souvent associé à celui de Gilles Pudlowski, vous avez collaboré sur de nombreux ouvrages (les grandes gueules et leurs recettes, les trésors gourmands de la France…), vous avez ensemble parcouru la France à la recherche de produits mythiques, notre pays est-il toujours une terre de gourmandise ?
M.R. -
Gilles Pudlowski et moi avons parcouru la France tout un été pour réaliser un sujet : "Prenez l'été avec les écrivains". A cette occasion, des personnages célèbres et bien plus argentés que nous nous conviaient dans le bon restaurant du coin. Le pli était pris ! Depuis nous n'avons cessé de parcourir la France à la découverte de ses cuisiniers et de ses produits mythiques. Pour répondre à votre question, la réponse est oui. Nous sommes retournés récemment au Saut-du Doubs dans le restaurant où nous avait emmenés feu Bernard Clavel. Le cuisinier n'est plus le même mais je peux vous dire que la qualité a fait un bond en avant. Et je pourrais multiplier les exemples. Il est de bon ton de dire que tout va mal. Il s'agit d'une pensée partagée par beaucoup mais pas plus vraie pour autant et jamais démontrée. Pour le livre "Les Trésor Gourmands de la France" (Renaissance du Livre 1996), j'avais photographié pour illustrer la mirabelle de Lorraine un vieux paysan bouilleur de cru, buriné aux mains calleuses au milieu de ses alambics. L'image faisait mouche. Elle correspondait à une certaine idée du terroir, reposant et rassurant, tel qu'on voulait se le figurer à l'époque. Ayant eu l'occasion il y a quelques temps de m’intéresser à nouveau à ce produit, j'ai fait une série de photos avec une jeune et jolie femme, Mélanie Demange qui vient de reprendre la distillerie Maucourt, près de Metz. En faisant ce portrait inattendu par rapport aux images auxquelles nous sommes habitués, j'avais clairement l'impression que les jeunes sont là qui n'attendent que la possibilité de perpétuer cette tradition d'excellence dans les produits qui fait de la France la terre de gourmandise que vous évoquez.


LOPT - Le poulet labellisé fait de la résistance contre le "chicken" reconstitué, la reinette s’oppose à la pomme Fuji de Chine, les recettes de nos grands-parents sont oubliées, persuadez nous que le combat de la standardisation n’est pas perdu d’avance !!
J.P.B.-
Comme il était écrit sur les cadrans solaires : omnia vulnerant, ultima neccat, toutes les heures blessent, la dernière tue. Et il est vrai qu'à chaque instant nous sommes blessés par les horreurs dont vous parlez, elles fleurissent particulièrement aux abords des villes. Mais le monde d'aujourd'hui est beaucoup plus diversifié que celui de nos grands-parents. Il n'y aura plus dans ce domaine une France uniforme avec des habitants ayant tous ce même fond commun de souvenirs d'enfance peuplé de grandsmères gâteau et d'odeurs de plats mitonnés. Nous allons vers un pays beaucoup plus complexe et diversifié et il faut l'accepter comme une richesse.

 

R.M.

 

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