La raison du terroir : Le long, immense et raisonné dérèglement des sens du... marketing
La grande distribution nous surprendra toujours. Dans les prémices du bras de fer qui va progressivement l’opposer à des fournisseurs soucieux de conserver leurs marges puis à une concurrence en quête de produits originauxdemandés par le consommateur, voici la solution Intermarché ! Le groupement se démarque en lançant son "grand prix de l’innovation".

Très opportunément, l’enseigne a sélectionné 30 produits originaux non encore commercialisés, dans le but affiché de valoriser le savoir-faire de ses fournisseurs PME. Les produits sélectionnés bénéficient ensuite d’un référencement gratuit de 6 mois dans le réseau des Mousquetaires. Mais surtout, et là le discours est innovant, c’est le producteur qui fixe le prix de vente et récupère ainsi la totalité de la marge, en échange toutefois de l’exclusivité du produit à l’enseigne sur la période. Cette approche préfigurerait-elle une nouvelle donne dans la distribution moderne ?
C'est-à-dire un rééquilibrage du rapport de force entre producteur et distributeur.
Avec l’évolution de la demande émanant d’un consommateur plus averti, plus éduqué, plus "raisonné", le marketing traditionnel, orienté du distributeur vers le consommateur, pourrait très bien commencer à changer de sens. Voire prendre la direction opposée, celle du produit, donc du producteur, vers le consommateur.
La distribution, pour peu que celle-ci résiste au bouleversement des modes d’achat privilégiant internet, les circuits courts, la livraison à domicile et le retour en force du commerce de proximité, n’aura alors plus d’autre alternative que d’élargir ses "grands prix de l’innovation" à l’ensemble de ses fournisseurs. Ceux qui voudront bien lui rester fidèles et qui n’auront plus, à ce jour, le souci de "récupérer la totalité de leur marge". Les producteurs qui ont décidé de se passer de la grande distribution se font de plus en plus nombreux. Vous en verrez un brillant exemple dans cette nouvelle édition de LOPT. On peut toujours rêver, comme un poète. Mais ce dernier ne se fait-il pas voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens, comme disait Arthur Rimbaud ? Raisonné, voilà le mot.
Je rajouterai lucidité.
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