Qui est sincère ? Qui cache son jeu ?
De la grande distribution à la culture biodynamique et à la ferme équitable : Prise de conscience et revirement à 360° ou "greenwashing" ?
On le sait, parmi les grandes familles françaises qui sont à l’origine de la distribution moderne, certaines ont fait peu de cas des conséquences directes ou indirectes de leur succès. Tant sur l’environnement que sur l’ensemble des filières de production, notamment agro alimentaires. D’autres ont vendu leurs affaires pour se consacrer à autre chose. D’autres encore voient la nouvelle génération prendre la relève. Et cela donne un cocktail pour le moins étonnant.
Voici deux exemples très différents : Reconversion à 360°. Lors d’une récente visite du Château Smith Haut Lafitte, splendide domaine des Graves, nous avons appris de la bouche de la charmante et jeune guide, que la culture des vignes en raisins blancs allait bientôt être conduite en biodynamique, avec un cheval pour les labours. Ce Grand Cru classé, mais aussi les Caudalies, le somptueux complexe hôtelier voisin, avec spa et restaurant étoilé, sont le fruit d’une reconversion. Les propriétaires, un couple d’anciens champions de ski, ont réinvesti dans ce domaine le fruit de la vente de leurs chaines d’hyper et supermarchés (Genty, devenus Casino) et d’équipements sportifs (Go Sport). Avec la décision de se lancer dans l’aventure de la culture biodynamique c’est donc une sorte de boucle à 360° qui se referme : Du bulldozer de la grande distribution au cheval de labour. Bravo ! Toutefois, au moment de vouloir commander quelques bouteilles de l’excellent millésime 2009, avec le plaisir de le faire directement au domaine, notre vendeuse se trouva désolée de ne pouvoir nous servir. La vente des primeurs était "entièrement et exclusivement réservée à leurs courtiers". La biodynamique commerciale reste encore à inventer.
En habit de producteur.
A Villeneuve-d’Ascq, près de Lille, un jeune entrepreneur s’est lancé en 2007 dans un projet, étonnant par son ampleur et son coût, valorisant le terroir et la production locale. Sur le domaine d’une ancienne ferme flamande du XVIIème siècle, sont cultivés poireaux, choux, navets, pommes de terre, fraises, courgettes, tomates et … fleurs, sur une dizaine d’hectares et dans pas moins de 4600 m² de serres. Tous ces produits sont commercialisés sur place, aux cotés d’autres produits issus "à 90%" de la région. Cela se passe dans La Ferme du Sart où les parents peuvent faire leurs emplettes pendant que les enfants peuvent s’initier au jardinage, visiter un parc animalier ou se perdre dans un labyrinthe de maïs en été. Le propriétaire affiche un choix délibéré de ne vendre que des produits locaux en privilégiant le "direct producteur". Le client est mis à contribution. Il coupe lui-même son pain, choisi ses oeufs en vrac et scanne lui-même ses achats, sans l’aide de caissières. Idyllique, n’est-ce pas ?
Pas tant que ça, semble t-il. Car beaucoup d’ "encre" a coulé sur internet depuis le lancement de ce concept . Cette "ferme de distribution pilote" devrait en appeler d’autres. Beaucoup d’autres… Les AMAP du Nord voient rouge. La Confédération Paysanne organise des marchés de protestation contre "cette grande distribution qui ne dit pas son nom". La généalogie et l'argent du jeune fondateur seraient-ils seuls en cause pour expliquer cette méfiance et cette levée de bouclier ? Il faut dire que notre jeune homme n’est autre que le fils du fondateur de Décathlon, descendant de la lignée des Mulliez au palmarès impressionnant : Auchan, Décathlon, Kiabi, Leroy-Merlin, Saint-Maclou, Norauto, Flunch, Pizza- Paï…
Mais on a déjà vu des générations prendre d'autres voies que leurs parents. Les producteurs du coin sont divisés. Les uns y voient un nouveau débouché, et puis, le fermier acheteur ne leur a-til pas garanti que "leurs marges seront respectées ?". Les autres y voient une spoliation et un détournement de leurs atouts par rapport à la grande distribution : les circuits courts, la proximité. Ces derniers se disent prêts à se battre pour empêcher qu’une nouvelle forme sournoise de distribution "raisonnée" vienne tromper le consommateur qui se veut aussi acteur du changement en aspirant à favoriser un commerce à taille humaine. Faut-il se méfier ? Faut-il encourager ce virage à 360° ? Peut-on croire en une rédemption de l’acheteur d’hypermarché pour enfin qu'un jour, il respecte et le producteur et son produit.
P.A
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